Le 13e livre et nouveau roman de Francis Guthleben est une intrigue familiale pour retrouver « La poupée de Maman ».

Au cœur d’une vallée alpine, en compagnie de ses deux frères, Pierre attend des ouvriers pour vider la maison des parents. Le père est décédé. La mère est en EHPAD.

Pour Pierre, l’objet le plus important est une poupée. Une poupée de chiffon et de laine qu’il a offerte à sa mère le jour où il a fêté ses 40 ans. Une poupée pour réparer, une poupée pour dire qu’il aurait aimé porter de jolies robes et des cheveux longs.

Mais dans la maison, conservatoire de vies, la poupée est introuvable. Qui l’a cachée ? Qui l’a fait disparaître ? Quels contentieux, quelles contrariétés, quelles controverses, quels contretemps, quelles contrefaçons porte-t-elle ? De quelle intimité secrète cette poupée est-elle le nom ? Et qui est véritablement cette poupée ? Que symbolise-t-elle ? 

Pierre sait que le temps est compté pour faire jaillir les mots figés dans la poupée de Maman. Il est confronté à des pièges, des impasses, des revirements, des colères et des larmes. De tristesse et de joie.

Éditions Le Beau Jardin – 2022

Un extrait du livre « La poupée de Maman »

Le jour symbolique de ses quarante ans, Pierre s’était présenté au 1, rue du Ciel dès huit heures du matin. Il savait qu’à ce moment-là son père était absent, occupé dans son potager ou dans ses forêts. Sa mère lui avait maladroitement tendu une enveloppe avec quelques billets de banque comme elle le faisait depuis son adolescence, en ajoutant un « Joyeux anniversaire », toujours aussi rapide et distant. En réponse, il lui avait présenté un carton de trente centimètres de côté et de cinquante centimètres de hauteur.

Marguerite avait plissé le front, comme autrefois lorsqu’elle déversait sa colère sur ce fils si particulier. Là, pas de cri, pas de main leste. Elle avait détaché le papier d’emballage avec soin, déplié le couvercle délicatement et trouvé un sac en toile de jute, noué par une épaisse cordelette, complété d’un bristol. Il portait quelques mots écrits par Pierre : « Un anniversaire. Une naissance. Une renaissance. Cette fille que je n’ai pas été, cette fille je te la rends avec l’espoir d’une autre vie ».

La mère avait regardé son fils, perplexe, et plongé ses mains à l’aveugle dans le sac. Elle en avait retiré, comme d’un ventre maternel, un bébé : le corps en chiffon, la tête et les membres en celluloïd, les cheveux en bouclettes blondes, une robe à carreaux pastel, un gilet de laine bleu, des socquettes roses crochetées.

Pierre voulait se libérer de cette fille qui lui collait à la peau. Depuis toujours, elle s’infiltrait dans ses gestes, occupait ses idées du jour, hantait ses cauchemars de la nuit sans qu’il connaisse sa provenance et les raisons de sa présence. Il pensait aussi que ce cadeau allait réparer les liens effilochés avec sa mère.

Marguerite était devenue crayeuse. Elle avait fermé ses paupières et avalé sa salive à plusieurs reprises avant de se lancer : « Je vais t’expliquer. Il est temps que tu saches…»

Les propos avaient été avortés par Marcel. Il était apparu dans un tee-shirt vert bouteille cent fois raccommodé, sans se souvenir de l’anniversaire de son fils. Cela était déjà arrivé souvent. En voyant sa femme avec une poupée sur les genoux, un sac de toile, un carton et un emballage à ses pieds, il avait braillé à travers le salon : « C’est quoi cette connerie ? »

Il n’a plus jamais été question ni de la poupée ni du reste d’ailleurs.

« La poupée de Maman » de Francis Guthleben, Éditions Le Beau Jardin, paraît le 21 octobre 2022. Le roman est disponible en précommande via ce lien. 20 euros.

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